Embrasement du Moyen Orient


A l’Ere Internet, l’Histoire s’écrit à présent instantanément. A peine Zine el-Abidine Ben Ali fuit la Tunisie après 24 ans de pouvoir, la Révolution en cours prend déjà le nom de “Révolution du Jasmin”. Un doux nom pour un évènement bien dur, cela ne va pas sans rappeler :

  • la Révolution des Oeillets de 1974 au Portugal,
  • la Révolution de Velours de 1989 en Tchécoslovaquie.

Pour un embrasement, il faut une étincelle ou des étincelles, elles s’appellent “Misère Sociale” : Tunisie, Algérie, Egypte, Libye, Yémen, Maroc, Bahrein, Syrie, Iran, et j’en passe...

Une grande partie du Moyen Orient est aujourd’hui ébranlée. Alors que les islamistes comme les Frères Musulmans proclament que l’islam dominera le monde, que le Coran sera la constitution, ces révoltes qu’aucun expert n’avait prévue marquera sans nul doute le XXIème siècle, mais également les rapports avec l’Occident. Ces peuples ont réussi là où les Islamistes ont échoués, bien qu’un communiqué de l’AQMI, une des branches du Réseau de Franchises Al Qaida, tout en confirmant la mort par execution du Yéménite Oussama Ben Laden, a tenté une récupération politique en affirmant avoir influencé ces révolutions...

Nos Experts et Médias nous présentent l’embrasement du Moyen Orient en tant que Révoltes du Monde Arabe, partie de la Tunisie, et s’étendant jusqu’à Barein en passant par la Perse. A mon sens, Il s’agit plus de Révolutions du Monde Musulman.

Comment expliquer ces révoltes de peuples réclamant la liberté et la démocratie au sein de ces pays totalitaires ?

Il nous faut reconnaitre deux éléments :
  1. le caractère politique de l’Islam incapable d’offrir le bonheur à ses peuples, les maintenant dans une pauvreté économique et culturelle 
  2. la présence d’une classe dirigeante vieillissante en fracture avec la jeunesse et drainant les richesses de leurs pays

Ces systèmes ont amenés un décalage considérable, tant Économiquement que culturellement que le jeune citoyen découvre grâce aux Nouvelles Technologies de l’Information... D’ailleurs, ces révolutions ont pris naissance par le biais des réseaux sociaux sur Internet, et les Gouvernements ont pris le parti de couper l’accès à Internet afin de contenir ces révolutions.

Le soulèvement amorcé par la Tunisie me confirme bien le caractère culturel de cette révolution. Car ce pays musulman est le seul pays arabe possédant un niveau d’instruction non comparable avec les autres pays concernés. Il rejoint en cela Atatürk, imprégné des principes de 1789, nourri par les auteurs des Lumières et qui a imposé une laïcité anti-religieuse et l’alphabet latin à la Turquie en déclarant en 1925 :
“Les peuples non civilisés sont condamnés à rester dans la dépendance de ceux qui le sont. Et la civilisation, c’est l’Occident, le Monde moderne dont il faut faire partie si on veut survivre. La nation est décidée à adopter exactement et complètement, dans le fond et dans la forme, le mode de vie et les moyens que la civilisation contemporaine offre à toutes les nations ”. 


Le soulèvement de l’Egypte juste après, où on a pu voir des musulmans et des coptes orthodoxes, côte à côte, avec les mêmes revendications, appuie mon intuition du caractère non religieux des revendications qui se produisent dans des pays dictatoriaux ou monarchiques qui ont maintenu la pauvreté en stigmatisant l’Occident colonialiste forcément responsable de leur situation alors que la plupart de ces pays disposent de richesses accaparées par leurs dirigeants corrompus.

Bien entendu, les situations sont différentes d’un pays à l’autre, mais des points communs subsistent :
  • Des taux de chômage supérieur à 20% parfois 30%
  • Des Libertés condamnées sévèrement
  • Des contre pouvoirs maintenu sous contrôles.
En réclamant aujourd’hui la liberté et la démocratie, ces peuples révoltés aspirent en fait au bonheur, à l’universalité de ces valeurs qui sont également les notres. Cela dit, je reste très prudent sur l’Évolution du processus en cours. Et si ces révoltes nous ont surpris, il devient urgent que nous anticipions à l’avenir.

En Tunisie, après le départ de Zine el-Abidine Ben Ali vers l’Arabie Saoudite (et dire que nous avons vu en lui un rempart contre l’extrémisme religieux...), les Tunisiens font référence à notre Révolution Française de 1789 dont l’origine était :
  • Une famine catastrophique
  • Une hausse du prix du pain (une flambée si j’ose dire)

Mais nous occultons facilement la date de sa première commémoration en 1880, sous la 3ème République, et 1ère République Démocratique Stable..

Nous occultons également trop souvent notre responsabilité politique passée à protéger ces dictateurs, au nom d’un Mur Méditerranéen qui devait nous protéger de l’Extrémisme Religieux, comme le Mur de l’Est nous protégeait de l’Extreme Gauche Communiste.

Sans doute avons-nous cru que des murs puissent nous prémunir des menaces. Le Mur de l’Est s’est écroulé en 1989, le Mur Méditérannéen est probablement en train de subir le même sort. Que se passera-t-il si les révolutions en cours dans le monde musulman échouent ?

N’oublions pas que certaines organisations islamistes, comme les Frères Musulmans, sont aujourd’hui en embuscade. N’oublions pas non plus la victoire Électorale du F.I.S. Algérien en 1990, ni la présence des Frères Musulmans constituant 30% du Gouvernement de Transition Egyptien. D’ailleurs, au dernières nouvelles, l’évolution de la Constitution Egyptienne tourne actuellement en faveur de ces derniers, et un rapprochement avec la République Islamique Iranienne a été bien perçu par cette dernière.

Bien sur, comme le dis Gilles Kepel, spécialiste de l’Islam et du Moyen Orient, lors de sa conférence au Grand Orient de France, les révolutions n’utilisent pas le vocable religieux, contrairement à la révolution iranienne, mais je n’en reste pas moins méfiant quand aux avenirs possibles. D’ailleurs, certaines révolutions sont aujourd’hui en échec, comme Barein par exemple, ou probablement la Syrie...

En cas d’échec dans le processus de démocratisation de ces pays, les organisations islamistes pourraient se radicaliser encore plus et tenter de provoquer le chaos là où elles le peuvent, en attendant d'accéder au pouvoir, ou au moins de partager ce dernier. Les mots Liberté et Démocratie n’étant pas intégrés à leurs doctrines.

En scénario catastrophe, cela pourrait remettre en cause le traité de paix signé entre l’Egypte et Israël et embraser à nouveau toute une région déjà instable depuis 65 ans. D’ailleurs, la Palestine est assez mouvementée actuellement...

Il y a bien entendu également le problème d’immigration massive, vers les pays limitrophes ou vers l’Occident.

On le voit donc, la situation est volatile et il est impossible pour l’instant de prédire non pas le futur mais le simple avenir proche. En tout cas, ce XXIème siècle marquera l’Histoire, c’est certain.

Nos politiques ont ratés l’amorce des révolutions actuelles, souhaitons qu’ils sauront, cette fois-ci, accompagner dans le bon sens, les mutations politiques actuelles en Tunisie, en Egypte, prochainement en Libye, qui n’a aucune structure gouvernementale permettant une transition vers une démocratie. Sinon, je crains fort, que le flux migratoire que l’Italie ne peut plus contenir aujourd’hui, s’amplifiera dans les années à venir... Il s’agira pour l’Europe, de se souvenir de ses responsabilités, et de les assumer pleinement.

Comme disait Mendès France, gouverner, c'est choisir.

L'Europe doit se décider.

Soit elle se mobilise pour aider ses voisins et s'ouvrir à eux.

Soit il lui reste à recruter des garde-côtes et à commander des patrouilleurs.
Thierry R. BACHMANN
Présenté le 12 Mai 2011